Avril 2022

Nucléaire en tout genre

Après l’Ukraine et la situation chaotique à Tchernobyl et sur les autres réacteurs et sources détenues dans différents endroits du pays, il a fallu faire face à des interrogations de la part du grand public.
Les pharmacies ont visiblement reçu de nombreuses demandes pour obtenir des comprimés d’iode pour faire face à une explosion atomique ou des relâchements importants de radioactivité de la part d’un réacteur !
Alors pour la bombe atomique, on oublie le comprimé d’iode.
Il y a d’autres effets bien plus dévastateurs immédiatement, et il y a d’autres radionucléides présents lors des retombées.
Pour l’explosion d’un réacteur, la prise de comprimés d’iode est totalement justifiée si vous avez moins de 18 ans. Au-delà de 40 ans, les effets secondaires dus à la prise d’un comprimé d’iode stable sont plus invalidants.
Pour étayer mon propos, voici une courbe que l’on trouve sur le site de l’agence fédérale de contrôle nucléaire l’AFCN, l’ASN belge

Moi qui suis d’un certain âge, il n’y aurait que peu d’utilité à prendre un comprimé d’iode.

Après l’épisode iode, nous avons eu droit à traiter le sujet : « du sable radioactif sur mon pare-brise, au secours ! » sur un média national télévisuel.
Là encore, l’objectif était-il d’affoler la population par rapport à cette exposition ?
Pour mémoire, l’ACRO (Association pour le Contrôle de la Radioactivité de l'Ouest) avait annoncé lors d’un épisode précédent une activité de 75 000 Bq par kilomètre carré. Ce qui donne 0,08 Bq par mètre carré !
Pour ceux spécialisés dans le transport, vous apprécierez la valeur de 0,000008 Bq par centimètre carré. Aucune chance de mesurer quoi que ce soit.
En tout cas, cela a fait couler beaucoup d’encre pour expliquer qu’il y avait plus d’exposition naturelle que d’exposition due aux essais nucléaires atmosphériques réalisés par le passé.

Et forcément la situation en Ukraine avec une potentielle crise énergétique a déclenché sur un autre média télévisuel, une émission titrée: « Le nucléaire, incontournable ? ». Classiquement ce média est orienté depuis longtemps, en ce qui concerne le nucléaire. Restons simplement sur la radioprotection. Certaines des personnes interrogées ont des positions dogmatiques.
Dire par exemple : “que le moindre Becquerel de tritium dans la Loire ou ailleurs est dangereux et inacceptable ! ”. Relativisons : imaginons qu’un bébé puisse boire 3 litres d'eau de la Loire par jour pendant un an à 300 Bq/L (on dirait l’histoire de la marmotte qui met le chocolat dans le papier d’alu). Cela correspond (sans compter la période effective où il y a élimination) à 330 000 Bq.
Si le risque supposé correspond à la loi linéaire sans seuil, avec une DPUI nouveau né à 6,4 .10-11 Bq/Sv, ce pauvre bébé recevrait 21 µSv sur l’année (il faut qu’il boive ses 3 litres) ! À comparer aux 4500 µSv reçus en moyenne chaque année de façon tout à fait naturelle, soit un ajout de 0,5 %.
Mais il se peut que certains interviewés nous expliquent, sans doute, que les Sv naturels sont moins méchants que les Sv de l'industrie nucléaire.
Je leur conseille quand même de regarder les dernières publications scientifiques concernant les effets biologiques.Pour les effets à très faible dose, même si c'est encore au niveau de la recherche, on se dirige vers une convergence qui montre qu’au niveau cellulaire, l’apoptose est privilégiée par rapport à la réplication avec défaut. Au lieu de la loi linéaire sans seuil (qui était le moins mauvais outil de gestion du risque), on se dirigerait vers une relation quadratique.
Le nucléaire fait vendre du papier. Il est par contre dommage que ces papiers soient autant à charge…

Évolutions réglementaires

Décret n°2022-395 du 18 mars 2022 relatif au document unique d’évaluation des risques professionnels et aux modalités de prise en charge des formations en matière de santé, de sécurité et de conditions de travail par les opérateurs de compétences.